Agoria s’inquiète du budget européen : « Si les Etats membres veulent placer la compétitivité au premier plan, les choix budgétaires doivent être à la hauteur »
Alors que l’Union européenne affirme vouloir faire de la compétitivité sa priorité, les négociations sur le futur budget européen 2028-2034 envoient un signal contradictoire. Les dernières propositions de compromis prévoient en effet des réductions significatives des moyens destinés à la compétitivité, à l’innovation et aux investissements stratégiques. Or c’est précisément dans ces domaines que l’Europe accuse aujourd’hui un retard préoccupant face à ses principaux concurrents.
« Si les Etats membres ambitionnent réellement de placer la compétitivité au premier plan, les choix budgétaires doivent être à la hauteur. Pour l’industrie technologique belge, cette négociation est loin d’être un simple exercice budgétaire. Elle déterminera la capacité de l’Europe à renforcer sa résilience industrielle et à répondre aux défis géopolitiques auxquels elle est confrontée. » - Bart Steukers, CEO d’Agoria
La compétitivité ne peut pas être qu’un slogan
La proposition initiale de la Commission européenne constituait pourtant un signal positif. En plaçant la compétitivité au cœur du futur cadre financier et en créant un Fonds européen pour la compétitivité, elle reconnaissait une réalité devenue incontournable : sans investissements ambitieux, l’Europe restera à la traîne. Pour ne citer qu'un exemple : en l’absence des 20 milliards euros de financement pour les investissements, le Chips Act 2.0, qui entend donner à l'industrie européenne des semi-conducteurs la force de tenir tête aux États-Unis et à la Chine, restera tout simplement un projet prenant la poussière au fond d’un tiroir.
Réduire aujourd’hui les moyens consacrés à ces priorités reviendrait à affaiblir les leviers dont l’Europe a besoin pour retrouver sa place dans la compétition mondiale. Ces projets d’envergure européenne ne doivent donc pas être considérés comme des dépenses, mais comme des investissements dans notre avenir collectif.
Pour Agoria, trois conditions paraissent essentielles si l'Europe veut réellement faire de ce budget un levier de performance :
- Le budget doit maintenir une orientation résolument tournée vers sa capacité concurrentielle en protégeant les moyens alloués au Fonds européen pour la compétitivité.
- Ce Fonds pour la compétitivité doit soutenir l’innovation industrielle, les secteurs et infrastructures clés, telles que les réseaux électriques, le Physical AI ou l’infrastructure numérique. Mais ce financement doit aussi appuyer les initiatives de politique industrielle européenne visant à accroitre notre résilience, telles que le soutien aux projets stratégiques dans les matières premières critiques, la production des clean tech en Europe ou le développement de la base industrielle et technologique de la défense. Ces projets représentent des opportunités importantes pour accroitre la souveraineté de l’Europe.
- Pour assurer son efficacité, le budget doit garantir des conditions de concurrence équitables entre États membres. La flexibilisation du régime des aides d’État (par exemple : le CISAF) accentue les déséquilibres entre États membres. Pour la Belgique, le budget européen doit contrebalancer les effets négatifs de cette flexibilisation. La valorisation des meilleurs projets industriels sur la base du mérite plutôt que sur base d’allocations nationales doit être au cœur de cette stratégie. Dans cette logique, un cofinancement systématique des IPCEI (Projets Importants d'Intérêt Européen Commun) par le budget européen garantira des conditions de concurrence équitables.
La Belgique a tout intérêt à continuer à défendre cette ambition dans les discussions à venir. Parce qu’une Europe plus compétitive, plus innovante et plus résiliente est aussi une Europe plus forte pour ses entreprises, ses travailleurs et ses citoyens. Le débat budgétaire qui s’ouvre devra avant tout être un exercice de cohérence : les priorités affichées par l’Europe devront se refléter dans les choix qu’elle fera pour assurer son avenir économique.
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Carole Tassin