Agoria analyse l’impact de l’IA sur les emplois ICT : « Repenser radicalement l’organisation des formations »
L'intelligence artificielle transforme toute notre économie. Le secteur TIC est en première ligne. C’est pourquoi la fédération technologique Agoria publie aujourd’hui « The AI Skill Shift - AI and the future of talent in the Belgian ICT Sector », une analyse de l’impact de l’intelligence artificielle sur les emplois, les compétences et le développement des talents dans 44 entreprises ICT belges, en collaboration avec le bureau d’études Indiville. Conclusion : l’IA ne transforme pas seulement les métiers ICT, mais aussi les profils les plus recherchés, l’évolution des carrières et la manière dont les entreprises doivent développer les talents. Agoria Wallonie plaide pour une approche radicalement différente en matière de formation.

Pour cette étude, Agoria a mené 14 entretiens approfondis auprès d’un mélange d’entreprises ICT et IA, grandes et petites, flamandes, bruxelloises et wallonnes, et a organisé un groupe de discussion réunissant 30 CEO de l’ensemble du secteur.
Les principales conclusions de l’analyse :
- La formation continue est permanente, urgente et en grande partie interne
La rapidité de l’évolution de l’IA rend les formations formelles structurellement trop lentes. Les entreprises veulent prendre les choses en main : elles construisent des académies internes, mobilisent des 'champions IA' (des collaborateurs qui montrent la voie) et misent sur le 'peer learning' pour partager au maximum les connaissances en interne. - Le seuil d’entrée pour les juniors augmente
Les tâches routinières qui servaient auparavant d’apprentissage aux débutants sont de plus en plus automatisées. Les entreprises attendent plus, plus rapidement. - Les compétences humaines deviennent le véritable facteur différenciant
La pensée critique, la formulation analytique des problèmes, la communication et la collaboration gagnent fortement en importance à mesure que l’IA prend en charge les tâches répétitives. - La maîtrise de l'IA devient une exigence de base pour chaque profil ICT
La connaissance de l’IA n’est plus une spécialisation, mais une compétence minimale requise dans tous les rôles ICT : du développeur au consultant, du spécialiste en sécurité à l’architecte. - Les carrières deviennent plus larges et plus mobiles
L’IA abaisse le seuil de mobilité horizontale : passer vers un nouveau domaine ou une nouvelle technologie est plus simple qu’auparavant. Parallèlement, la progression verticale s’accélère. Une double tendance émerge : la demande pour des profils généralistes hybrides entre ICT et « business » augmente, tout comme celle pour de véritables experts de niche qui approfondissent fortement la technologie.
«Les entreprises et les organismes de formation ont aujourd’hui une formidable opportunité d’adapter leurs méthodes pour accompagner le rythme rapide des avancées technologiques. L’IA évolue très vite, ouvrant la voie à des formats d’apprentissage plus flexibles, plus personnalisés et mieux alignés avec les besoins spécifiques de chaque organisation. En repensant ensemble l’enseignement et la formation, et en mobilisant tous les leviers disponibles, nous pouvons transformer ces évolutions en un véritable moteur de développement des compétences et d’innovation»,
- Clarisse Ramakers, directrice générale d’Agoria Wallonie.
Mais comment les entreprises s'y prennent-elles concrètement ? Laurence Mathieu dirige NRB, l'une des plus grandes entreprises IT de Belgique avec 3.500 collaborateurs. Elle nous explique comment son entreprise s'adapte : « Chez NRB, nous considérons que les entreprises ont un rôle sociétal à jouer pour accompagner ces mutations et préparer les compétences de demain. L’entreprise doit évoluer vers un modèle d’organisation apprenante, en continuité avec le parcours scolaire. C’est pourquoi nous investissons massivement dans la formation de nos collaborateurs pour accompagner l’évolution des métiers et maintenir notre capacité de transformation. En parallèle, nous développons des partenariats étroits avec le monde de l’enseignement afin d’aligner plus tôt les compétences avec les réalités du terrain, susciter des vocations et construire un continuum entre formation et emploi.”
Laurent Sorber est cofondateur et CTO de la scale-up IA Superlinear et enseigne le cours 'Realization of AI' à la faculté des sciences de l'ingénieur industriel de la KU Leuven. « Il existe un fossé grandissant entre ce dont les entreprises ont besoin et ce que l'enseignement propose en matière d'IA. Nous avons développé le cours 'Realization of AI' à la KU Leuven pour aider à combler ce fossé, en apprenant aux étudiants et aux professionnels à développer une solution IA de la définition du problème jusqu'au déploiement. Mais l'IA évolue aujourd'hui si rapidement que même cela ne suffit plus. Nous devrons structurellement intégrer davantage d'agilité dans nos formations afin de pouvoir continuellement adapter le contenu aux derniers développements. »
Que demande Agoria ?
Sur la base des résultats de l’étude, Agoria formule quatre recommandations concrètes :
- Axer les formations sur l'analyse, l’architecture et l'esprit critique plutôt que sur les seuls langages de programmation.
- Renforcer l’entrée des juniors via davantage de partenariats entre écoles et entreprises, des stages, de l’apprentissage en milieu professionnel et du mentorat par des seniors expérimentés.
- Faire de la maîtrise de l’IA une compétence de base dans toutes les formations : de l’enseignement secondaire à l’enseignement supérieur, en passant par la formation professionnelle, y compris dans les filières non techniques.
- Soutenir financièrement et reconnaître les entreprises dans l’organisation de formations internes pour leurs collaborateurs : la formation continue doit devenir une priorité structurelle.
Téléchargements
Study_The AI Skill Shift.pdf
PDF 5.1 MB
The AI Skill Shift_FR_Executive Summary.pdf
PDF 280 KB