Agoria, un an après l’installation du gouvernement : “L’absence de stratégie IA : une opportunité manquée, qui pourrait pourtant doubler notre croissance”
Il y a près d’un an jour pour jour, les ministres et le Premier ministre De Wever prêtaient serment devant le Roi. L’heure est à un premier bilan pour Agoria. La fédération technologique salue plusieurs réformes engagées par le gouvernement fédéral, notamment en matière de marché du travail, de simplification administrative et de politique industrielle. Mais elle pointe également un vide préoccupant : un an après le début de la législature, la Belgique ne dispose toujours pas de plan national pour l’intelligence artificielle. Une opportunité manquée, selon Agoria. La fédération appelle l’exécutif à faire de l’IA une priorité stratégique au cœur d’une politique industrielle ambitieuse.

Un vide stratégique en matière d’IA
« Le secteur technologique belge se réjouit de voir le gouvernement fédéral amorcer des réformes importantes dans des domaines cruciaux », déclare Bart Steukers, CEO d’Agoria. « Beaucoup de chantiers ont été lancés, mais le plus dur reste à faire. Il est urgent de concentrer nos efforts sur l’investissement, la croissance et l’intelligence artificielle. Il est étonnant que notre pays ne dispose d’aucune stratégie IA, alors que celle-ci est précisément un levier majeur pour renforcer durablement notre économie et, à terme, garantir le financement de nos pensions, de notre système de soins et du pouvoir d’achat, pour les décennies à venir. »
"La différence entre survivre et prospérer"
Des études économiques récentes estiment que l’IA pourrait apporter un point de croissance supplémentaire chaque année. Ce chiffre, apparemment modeste, représenterait en réalité un doublement du taux de croissance actuel de la Belgique. « C’est la différence entre survivre à peine ou prospérer pleinement », affirme Bart Steukers. « Mais nous n’y parviendrons pas sans un cadre stratégique. Il nous faut rapidement plus d’entrepreneuriat, une politique industrielle offensive et une stratégie IA claire et ambitieuse. Les investissements en recherche et développement rapportent en moyenne trois fois leur mise. Il en ira de même pour l’intelligence artificielle. »
Quatre leviers pour une stratégie IA efficace
Agoria identifie quatre axes prioritaires pour faire émerger une véritable stratégie nationale en intelligence artificielle :
1. Créer des champions de l’IA pour stimuler l’ensemble de l’économie
Le précédent plan IA de 2022 n’a jamais été concrétisé par des actions, projets ou budgets d’investissement. Il est temps de déployer une politique ambitieuse, qui renforce à la fois le secteur IA lui-même et son intégration transversale dans tous les pans de l’économie et de la société. Un secteur IA solide, qui pourrait tripler d’ici 2030, donnerait une impulsion décisive à l’adoption généralisée de l’IA.
La France investit dans sa stratégie numérique depuis plus de dix ans, avec des résultats visibles. L’Allemagne, la Finlande et l’Estonie accélèrent également. « Sans stratégie, la Belgique risque le décrochage. L’Europe vise 75 % d’entreprises utilisant l’IA d’ici 2030. Pour Agoria, il s’agit d’un minimum. Aujourd’hui, nous figurons dans le top 4 européen avec un taux d’adoption de 34,5 %, mais les PME accusent un retard préoccupant », souligne Bart Steukers.
2. Renforcer l’infrastructure numérique
L’IA a besoin d’une infrastructure robuste. Il est essentiel d’investir dans les data centers, la capacité réseau, le cloud et les supercalculateurs. Il faut également faciliter et inciter les investissements privés en infrastructures IA, via des mesures fiscales comme la déduction majorée pour les projets IA, une proposition déjà défendue par Agoria.
3. Développer les talents et les compétences de demain
L’IA transforme les compétences nécessaires à tous les niveaux. Des investissements structurels dans l’enseignement, la formation continue et la reconversion sont indispensables. Les différents niveaux de pouvoir – fédéral, régions et communautés – ont chacun un rôle à jouer pour anticiper et accompagner cette transition.
4. Ne pas étouffer l’innovation par la sur-réglementation
« La Belgique doit encourager l’innovation, et non l’entraver en se focalisant uniquement sur les risques », insiste Bart Steukers. Il plaide pour la mise en place de regulatory sandboxes, ces environnements contrôlés où les entreprises peuvent tester et développer des solutions innovantes en toute sécurité juridique. « Ce type de dispositif favorise à la fois l’innovation, la protection des utilisateurs et une régulation intelligente. »
Agoria tend la main au gouvernement
Agoria appelle le gouvernement fédéral à ériger l’IA en priorité absolue, et à co-construire avec les entreprises technologiques belges un plan IA assorti d’actions concrètes. « Une année s’est écoulée. Certaines mesures positives ont été prises, mais sans une stratégie ambitieuse en IA, nous faisons du surplace. Et ce statu quo est inacceptable. Nous verrons bientôt émerger des champions européens de l’IA – mais à Paris, Berlin ou Helsinki, pas à Bruxelles. » La fédération technologique prend déjà les devants. « Nous allons formuler des propositions concrètes », conclut Bart Steukers. « Nos membres – grands groupes, scale-ups ou PME – sont pleinement engagés dans la révolution IA. Nous allons mobiliser cette expertise pour faire avancer l’IA en Belgique. »
Sarah Godard