L’industrie technologique continue de flirter avec les 2% de croissance

Mais le spectre de l’indexation automatique va à nouveau faire grimper les coûts salariaux et menace la compétitivité retrouvée

Mardi 24 janvier 2017 — En 2017, l’industrie technologique va continuer de croître et de créer des emplois dans notre pays. En 2016, 3.000 nouveaux emplois ont vu le jour dans les entreprises technologiques. Cette année, malgré la fermeture de Caterpillar, ces entreprises prévoient encore une croissance nette de 200 postes de travail. « La modération salariale des dernières années a soutenu nos exportations et permis la création d’emplois ici », indique Marc Lambotte, CEO d’Agoria. « Si nous mettons à présent un terme à la modération salariale, il s’ensuivra des pertes d’emplois. En effet, l’inflation élevée et sa liaison à notre système d’indexation automatique menace notre compétitivité qui s’est renforcée. » Agoria propose dès lors une réforme du système d’indexation impliquant un plafonnement de l’indexation des salaires. « Accordons à tout le monde une indexation jusqu’au salaire minimum de 1.560 euros. Pour les plus bas salaires, cela ne changera quasi rien ; ce sont surtout les salaires plus élevés qui seront moins indexés. Nous pourrons ainsi continuer à résorber notre handicap salarial, poursuivre la création d’emplois et mieux contrôler l’inflation. »

Les CEO des entreprises technologiques belges envisagent la nouvelle année avec le sourire. En dépit de la lente croissance sur ses marchés, l’industrie technologique note quand même une légère croissance, aux alentours de 2 %. « Dans notre enquête, beaucoup d’entreprises font part de lancements de nouveaux produits et d’innovations », affirme Marc Lambotte. « La numérisation reste également un moteur de croissance et d’emplois. » Il est en outre frappant de constater que 75 % des entreprises technologiques se montrent positives quant à l’amélioration de la compétitivité. « Les efforts de ce gouvernement afin de rendre notre pays plus concurrentiel au niveau international portent leurs fruits et sont appréciés. Il s’agit maintenant de ne pas réduire à néant les efforts que nous avons fournis ces dernières années. Il faut à tout prix éviter que de nouveaux dérapages salariaux nous remettent hors-jeu sur le marché international. »

Rétablissement de la part de marché et carnets de commandes remplis

L’évolution de la part de marché de nos entreprises technologiques sur les marchés d’exportation démontre l’importance de la résorption du handicap salarial : en 2008, la part de marché des entreprises technologiques belges au sein du commerce UE s’élevait encore à 6 %. Cette part, à cause du dérapage des coûts salariaux, a diminué d’année en année, pour atteindre 5,33 % en 2015. En 2016, elle est remontée à 5,4 % et Agoria prévoit une nouvelle hausse jusqu’à 5,65 % en 2017.

Les carnets de commandes sont à nouveau bien remplis. Affichant 82,5 %, le taux d’occupation des capacités des entreprises de production a retrouvé un niveau que nous n’avions plus connu depuis 2008, juste avant la crise financière. De ce fait, les investissements reprennent également dans notre pays. En 2017, les entreprises technologiques vont investir 9 % de plus. D’importants investissements sont notamment prévus dans l’industrie automobile, grâce à l’arrivée de nouveaux modèles. Cela va entraîner cette année une baisse temporaire de la production et de l’emploi prévus dans le secteur, mais c’est une excellente nouvelle pour l’avenir.

Le spectre de l’indexation est de retour

La modération des coûts salariaux nous a donc mis sur la bonne voie, mais il ne faudrait pas qu’elle s’arrête là. Marc Lambotte : « Le risque, c’est que tout le monde pense maintenant que nous sommes arrivés au bout. Le handicap salarial accumulé depuis 1996 est aujourd’hui résorbé, mais nous souffrons toujours d’un handicap salarial réel de 10 %. Il serait irresponsable d’abandonner une formule qui marche. Il y a deux semaines, les partenaires sociaux ont conclu un nouvel accord salarial, comportant une marge maximale de 1,1 % pour des augmentations. Cette hausse des salaires n’est pas un problème en soi : le véritable problème, c’est l’indexation, qui va entraîner une augmentation totale des coûts salariaux à hauteur de 4 %. Si nous laissons ce scénario se reproduire dans les prochaines années, nous assisterons à un nouveau dérapage des coûts salariaux et tous nos efforts auront été vains. Nous serons alors contraints de supprimer des emplois au lieu d’en créer. »

Le spectre de l’indexation fait son retour. Marc Lambotte : « Le saut d’index l’avait provisoirement fait disparaître, mais le système n’a jamais été réformé entre-temps. Nous y voilà donc à nouveau confrontés. L’inflation élevée, nulle part aussi haute que dans notre pays, est en effet alimentée par le système d’indexation. Il nous faut sortir de ce cercle vicieux. Si le gouvernement Michel s’en tient à l’accord gouvernemental et procède à la réforme du système d’indexation, nous pourrons de nouveau éloigner le spectre de l’indexation. Et les entreprises technologiques pourront tenir leur promesse de créer 10.000 emplois supplémentaires entre 2016 et 2020. »

Réforme de l’index = solution sociale

Dès lors, Agoria demande au gouvernement de mettre en œuvre la réforme du système d’indexation durant le reste de cette législature. C’est possible en plafonnant l’indexation des salaires. Marc Lambotte : « Accordons à chacun(e) une indexation jusqu’au salaire minimum interprofessionnel de 1.560 euros. » Une solution à la fois sociale et éminemment symbolique : « On ne touchera quasiment pas aux salaires les plus faibles, mais les CEO seront donc confrontés à une indexation moins conséquente. » Ces moyens pourront être mis en œuvre pour résorber le handicap salarial réel et ainsi conserver davantage d’emplois ou récompenser les travailleurs qui le méritent vraiment.

Le système d’indexation suivant lequel tout le monde, peu importe ses performances au travail, bénéficie d’une même augmentation salariale, date d’une autre époque. « Laissons une plus grande liberté aux employeurs et à leurs collaborateurs : en période difficile, une telle mesure permettra de se serrer les coudes au profit de la compétitivité. En période faste, les entreprises seront aussi plus libres d’accorder des augmentations salariales et de mieux récompenser certaines personnes en fonction de leurs prestations individuelles. »

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