Étude Agoria : des investissements records dans les réseaux télécom, mais les obstacles s'accumulent
Agoria plaide pour une simplification réglementaire

Bruxelles, 16 juin 2026 – Agoria publie aujourd'hui sa nouvelle étude sectorielle télécom "Trends & Challenges of the Belgian Telecom Industry". Celle-ci démontre que les opérateurs télécoms belges ont investi des montants records dans les infrastructures numériques ces dernières années, permettant à la Belgique de renforcer sa position dans le peloton de tête européen en matière de connectivité. L'étude avertit toutefois que le climat pour de nouveaux investissements se détériore, en raison d'une réglementation fragmentée, de procédures d'autorisation complexes, d'une pression fiscale élevée et d'un flux continu de nouvelles règles fondées sur une perception erronée du secteur.
Ces dernières années, la demande en données a connu une croissance explosive. Le trafic de données mobiles a triplé depuis 2020, tandis que le trafic sur les réseaux fixes a plus que doublé. Notre économie et notre société sont de plus en plus dépendantes d'infrastructures numériques critiques. Des hôpitaux et services d'urgence à l'industrie, aux PME et aux ménages : des réseaux télécom performants constituent aujourd'hui un pilier essentiel de notre société et de notre économie.
Pour répondre à cette demande croissante, le secteur télécom belge a investi plus de 11 milliards d'euros dans les réseaux fixes et mobiles entre 2020 et 2024. Rien qu'en 2024, 2,75 milliards d'euros ont été consacrés aux investissements, soit 32 % du chiffre d'affaires total du secteur. Ces investissements portent leurs fruits : la Belgique dispose aujourd'hui d'une couverture 5G quasi complète, figure dans le top européen en matière de connectivité gigabit et a réalisé un important rattrapage dans le déploiement de la fibre optique. La couverture fibre est passée de 17 % en 2022 à 41 % en 2025.

"La Belgique dispose depuis des années de réseaux télécoms performants. Ces dernières années, les opérateurs y ont ajouté des investissements records pour répondre à la demande croissante de connexions plus puissantes et renforcer davantage nos infrastructures numériques. Grâce à ces investissements, la Belgique reste dans le peloton de tête européen, tant pour les réseaux fixes que mobiles.", déclare Bart Steukers, CEO d'Agoria.
À noter : alors que les investissements ont augmenté de 78 % depuis 2020, le chiffre d'affaires du secteur n'a progressé que de 3 %. Le secteur investit donc plus que jamais, mais dans un contexte financier de plus en plus difficile.
Un climat d'investissement de plus en plus complexe
Selon l'étude, le déploiement des réseaux télécom est aujourd'hui freiné par trois problèmes structurels. Le premier défi est celui des charges financières croissantes. Les communes et les régions instaurent de plus en plus de taxes sur les antennes, les pylônes et les travaux dans le domaine public, en plus d'autres mesures qui font grimper les coûts.. Ces taxes varient fortement d'un endroit à l'autre et pèsent directement sur les ressources disponibles pour la construction de nouveaux réseaux.
La politique en matière de permis reste également un obstacle majeur. Les opérateurs télécoms sont confrontés à des procédures disparates, des délais longs et des décisions imprévisibles qui diffèrent d'une région à l'autre, voire d'une commune à l'autre. "Le déploiement des infrastructures numériques ne peut pas être un parcours du combattant administratif. Nous avons besoin d'un système de permis standardisé et numérisé, sur le modèle des Pays-Bas et de la France. En Belgique, il faut aujourd'hui au minimum trois mois pour obtenir un permis, alors qu'aux Pays-Bas ce délai est inférieur à trois semaines et en France de quatre à six semaines.", déclare Bart Steukers.
En Belgique, il faut aujourd'hui au minimum trois mois pour obtenir un permis, alors qu'aux Pays-Bas ce délai est inférieur à trois semaines et en France de quatre à six semaines. – Bart Steukers, CEO Agoria
Le troisième défi concerne les normes d'émission. La Belgique fait partie des rares pays européens appliquant une norme plus stricte que la recommandation internationale de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS). En outre, chaque région applique une norme différente. À Bruxelles, cela contraint les opérateurs à placer jusqu'à 66 % d'antennes supplémentaires pour garantir à l'avenir une qualité de réseau équivalente.
Une politique des consommateurs fondée sur une image caricaturale du secteur télécom
L'étude constate également que le débat public sur les télécoms part encore trop souvent du postulat que les services télécom seraient excessivement chers en Belgique. Les chiffres montrent que ce débat repose souvent sur une vision incomplète du secteur. Malgré des tarifs largement alignés sur ceux des pays voisins, un indice des prix télécom resté relativement stable et des investissements records dans les infrastructures numériques, la perception que les télécoms sont structurellement trop chers en Belgique persiste. Selon Agoria, cette perception est en partie à l'origine de la réglementation très étendue en matière de protection des consommateurs dans le secteur.
Depuis 2020, les prix des services télécom (abonnements) n'ont augmenté que de 10 %. En incluant les appareils, la hausse se limite même à 6 %. Dans le même temps, l'inflation générale a atteint 24 %. Aucun autre grand secteur de services n'a enregistré une hausse plus faible. À titre de comparaison : sur la même période, les prix dans le secteur de l'énergie ont augmenté de 58 %, dans le secteur de l'eau de 30 % et dans les services financiers de 24 %. "Les chiffres sont clairs. Le secteur a absorbé la majeure partie de l'inflation tout en maintenant des investissements en hausse d'année en année. Pourtant, nous constatons que les nouvelles réglementations partent encore souvent d'une image du secteur qui ne correspond plus à la réalité économique.", déclare Bart Steukers.
Lorsqu'on examine les services sous-jacents, l'étude brosse également un tableau plus nuancé que ce qui est souvent avancé. Entre 2020 et 2024, la consommation de données mobiles par utilisateur a triplé, tandis que le revenu moyen par client mobile n'a pas suivi : il est resté stable à environ 17 euros par mois. L'étude montre en outre que les prix des services mobiles en Belgique sont comparables à ceux des pays voisins et à la moyenne européenne. Pour les services fixes, les prix belges sont plus élevés que dans certains pays, comme la France, mais à un niveau comparable à d'autres voisins, comme les Pays-Bas.
L'Europe simplifie, la Belgique non
Enfin, le secteur a été confronté depuis 2020 à plus de 20 nouvelles initiatives législatives. Plusieurs d'entre elles vont encore plus loin que ce qu'impose l'Europe. Cela va à l'encontre de l'ambition tant du gouvernement actuel que de l'Europe de réduire les charges administratives et de stimuler les investissements. Agoria demande dès lors un cadre politique plus stable et davantage orienté vers l'investissement. Concrètement, le secteur plaide pour une politique d'autorisation harmonisée, la suppression des taxes télécom locales, des normes d'émission uniformes et scientifiquement fondées, et l'évitement de règles nationales supplémentaires s'ajoutant à la législation européenne.
Enfin, Agoria demande de faire preuve de retenue dans l’introduction de nouvelles règles sectorielles spécifiques en matière de protection des consommateurs, tant que le Digital Networks Act européen, dont l'entrée en vigueur est prévue courant 2027, est encore en cours d'élaboration. "L'Europe travaille actuellement à une réforme en profondeur du cadre télécom. Il n'est pas logique que la Belgique introduise entre-temps des obligations nationales supplémentaires qui devront peut-être être entièrement revues dans quelques mois. Ce dont le secteur a besoin aujourd'hui, ce sont des règles stables et prévisibles. C'est le fondement d'un bon climat d'investissement.", conclut Bart Steukers.
Découvrez ci-dessous l'étude complète (anglais)
Agoria Telecom Sector Study 2026.pdf
PDF 5.6 MB
Découvrez ci-dessous le résumé (FR)
Agoria Telecom Sector Study 2026 - Executive summary FR.pdf
PDF 3.2 MB
Jan Gatz