Les facéties de l’index vont à nouveau faire grimper les coûts salariaux

Agoria : « La facture de l’inflation élevée sera encore pour les entreprises »

Contrairement aux prévisions du Bureau du Plan (une baisse de 0,3 %), l’indice santé a poursuivi sa hausse en avril. Vu l’inflation élevée, il est quasi certain que l’indice-pivot sera dépassé en mai. Le saut d’index a donc fait ressentir ses effets beaucoup moins longtemps que prévu. Ainsi, dans l’industrie technologique, les salaires vont probablement augmenter de 0,7 % à partir de juillet, indique Agoria. La baisse du coût salarial générée par le tax shift du 1er avril se voit donc annihilée à raison de 70 %. « Et ce, alors que le taux d’inflation moyen dans l’UE est quasi nul actuellement », déclare Marc Lambotte, CEO d’Agoria. « En raison de cette inflation plus élevée et de sa liaison à l’indice des salaires, ceux-ci risquent à nouveau d’augmenter plus rapidement en Belgique que dans les pays voisins, et c’est une mauvaise nouvelle pour la compétitivité de nos entreprises. » Agoria demande une réforme du système d’indexation. « Il faut corriger le système et faire en sorte que l’index contribue à créer des emplois au lieu d’en détruire. »

Le gouvernement entend résorber le handicap salarial grâce au saut d’index, à la poursuite de la modération salariale et à une réduction des charges sur le travail. Et ces mesures portent leurs fruits jusqu’à présent. Grâce à la modération salariale et au saut d’index, les coûts salariaux n’ont augmenté que de 1,1 % depuis début 2014. Et le 1er avril, le tax shift a entraîné une baisse de 1,15 %. En juillet, cependant, près de 70 % de cette diminution seront probablement déjà annulés par l’inflation galopante, qui va se traduire par une indexation de 0,7 %. Notre handicap en matière de coûts salariaux a donc été en partie corrigé, mais il devrait toujours atteindre 12,5 % à la fin de 2016.

Le saut d’index ayant déjà produit tous ses effets et l’inflation élevée annulant en grande partie la baisse des coûts salariaux induite par le tax shift, les efforts en vue de résorber le handicap salarial risquent de connaître un coup d’arrêt. Marc Lambotte : « Pour pouvoir poursuivre nos efforts, il nous faut une réforme structurelle de l’indexation salariale. Car comme on le voit aujourd’hui, deux tiers des effets du saut d’index sont annihilés par le niveau élevé de l’inflation. »

Actuellement, notre inflation fait de la Belgique une exception en Europe et nous sommes aussi les seuls à lier nos salaires à l’inflation. Marc Lambotte : « Grâce à l’indexation, le consommateur belge peut maintenir son pouvoir d’achat. Mais au final, il faut bien que quelqu’un paie la facture. Or, cette facture, nous la transmettons à notre employeur (privé ou public) par le biais de notre salaire. Ces dernières années, nos coûts salariaux élevés ont littéralement exclu nos produits du marché à l’étranger. Une situation qui a entraîné des restructurations d’entreprises et des pertes d’emplois. »

Le gouvernement doit donc poursuivre ses réformes. La loi sur la compétitivité doit être réformée, avec une trajectoire claire en vue de réduire davantage le handicap salarial. Par ailleurs, il faut revoir en profondeur l’indexation des salaires et allocations. Une possibilité serait par exemple de limiter cette indexation au niveau du salaire minimum. Agoria demande en outre d’éliminer plusieurs anomalies de l’index. Il faut également analyser les causes de l’inflation élevée dans les services et pour certaines denrées alimentaires. Notre pays ne peut pas se permettre d’avoir systématiquement une inflation plus élevée que ses voisins.

« Étant donné les perspectives d’une baisse des coûts salariaux, l’industrie technologique va renouer avec la création d’emplois cette année », selon Marc Lambotte. « Les entreprises technologiques vont ainsi engager 1.500 collaborateurs supplémentaires en 2016, mais nous pouvons encore faire mieux. Si, comme prévu, le handicap salarial continue systématiquement à se résorber, l’industrie technologique aura créé 10.000 nouveaux emplois entre aujourd’hui et 2020. » Et Marc Lambotte de conclure : « Nous jouons la carte des emplois. Nous demandons au gouvernement et aux partenaires sociaux de faire le même choix que nous lors des débats menés sur des dossiers comme la modernisation de la loi sur la compétitivité de 1996. Une réforme de l’index sera un élément important à prendre en compte. Faisons en sorte qu’à l'avenir, l’index serve l’emploi ! »

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